In depth interview with French graffiti artist Keymi from Clermont-Ferrand.

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1- Racontes-nous un peu tes origines dans la scène graffiti. Qu’est-ce qui t’a amené à peindre? Où et quand as-tu commencé?
Cela va maintenant faire 25 ans que je suis dans le graffiti. Comme beaucoup de personnes de ma génération, c’est par le hip-hop que j’ai découvert cette discipline. Découverte au début des année 80, c’est par la danse que j’ai d’abord découvert ce mouvement et ensuite je me suis mis à peindre; j’avais déjà pas mal d’affinités avec les arts graphiques et c’est naturellement que je me suis orienté vers le graffiti mais surtout vers la réalisation de fresques et de graff. J’ai commencer à peindre alors que j’habitais à Nevers et ensuite j’ai déménager à Clermont-Ferrand qui est la ville où je vis encore maintenant.
2- Après toutes ces années, est-ce que tu peints encore dans la rue?
J’essaies toujours de peindre dans la rue, c’est aussi en fonction des possibilités offerte par celle-ci. Ne faisant pas de vandale, je cherche toujours des lieux susceptible de recevoir mes peinture sans trop de problème, mais toujours bien placés. je continue de peindre en terrain également, c’est toujours un grand plaisir de peindre les murs et de passer du temps à faire une bonne réalisation. C’est quand même ça qui m’a poussé à faire de la peinture à la base.
 
 

3- Tu t’es fait connaître du grand public à Clermont-Ferrand en peignant les blocs de béton pendant les travaux du tramway. Est-ce que cette notoriété t’a ouverte quelques portes dans ta carrière artistique?
Oui en effet, c’est le moins que l’on puisse dire. Comme le terme de graffiti est associé à mon nom dans la région, les gens pensent à moi dès qu’il veulent faire faire un graff ou une déco urbaine chez eux. Donc, oui ça a fait décoller ma carrière. Cela m’a permis de vivre de la peinture, ce qui n’est déjà pas chose aisée. Maintenant je me suis vers le travail artistique pur et  je vend mes œuvres en galerie; je vis de ça maintenant.
3- Tu t’es fait connaître du grand public à Clermont-Ferrand en peignant les blocs de béton pendant les travaux du tramway. Est-ce que cette notoriété t’a ouverte quelques portes dans ta carrière artistique?
Oui en effet, c’est le moins que l’on puisse dire. Comme le terme de graffiti est associé à mon nom dans la région, les gens pensent à moi dès qu’il veulent faire faire un graff ou une déco urbaine chez eux. Donc, oui ça a fait décoller ma carrière. Cela m’a permis de vivre de la peinture, ce qui n’est déjà pas chose aisée. Maintenant je me suis vers le travail artistique pur et  je vend mes œuvres en galerie; je vis de ça maintenant. 

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4- Maintenant tu vends tes œuvres en galerie. Ces puzzle/pin-up semblent très appréciés des acheteurs. Pourrais-tu nous décrire ton processus de création et production pour ces pièces?
Les puzzles sont en polystyrène. je découpe les pièces moi-même avec une machine dirigée par ordinateur. Je prépare les pièces, les peins à la bombe et  je les fini en posant une résine dessus. Les pin-up sont la base de cette technique que je compte bien développer par la suite.  Cette technique que j’ai découvert il y a maintenant 6 ans m’a ouvert un champ de possibilités infini; je suis dans l’excitation de la création à chaque instant. En effet cela plait beaucoup, et je suis pas mal occupé à produire puisque le processus est tout de même assez long. Toutefois, j’apprécie cette technique de création puisqu’elle sort de la peinture de base, je suis entre la sculpture et la peinture, c’est une création autant plastique que graphique.
 





5- Comment expliques-tu le fait que le milieu du graffiti soit très souvent en réaction et même carrément jaloux des graffeurs qui ont du succès commercialement avec leur art? Alors que l’on célèbre le succès des athlètes, entrepreneurs ou autres artistes, pourquoi c’est le contraire qui se produit dans ce milieu?
Je pense que cela peut venir en partie de l’essence même du graffiti. On le trouve dans la rue et partout où on ne l’attend pas et surtout où on ne l’attend pas. En effet, le graffiti est une sous-culture et est à la base un acte impulsif et gratuit. Tout l’inverse de ce que peut impliquer la vente d’œuvres d’art. Toutes les disciplines du hip-hop ont connu cette évolution et ce cas de conscience: rester underground ou se vendre. Il y a ceux qui veulent garder l’esprit des début et ceux qui ceux qui veulent en vivre. De mon point de vu, l’arrivée en galerie est une évolution naturelle. Beaucoup de talents sont sortis de ce magma plein d’énergie créative, et il aurait été dommage que cela soit pas un jour reconnu, et la reconnaissance en ce bas monde passe par l’achat. En ça c’est une bonne chose malgré tout. Par contre le revers de la médaille c’est qu’il faut parfois faire des concessions, et c’est parfois perçus comme une trahison dans un milieu tel que le graffiti. Je n’irai pas jusqu’à parler de trahison, je ne suis pas dans la logique ado attardé, mais je trouve que la qualité graphique s’en ressent parfois. D’ailleurs je ne dirai pas que l’on vend du street art ou du graffiti mais que l’on vend une idée de ce que se font les acheteur du graffiti.  C’est pourquoi je pense qu’il est important de développer des œuvres qui soient inspirées de nos expériences du graffiti pour lui permettre de s’élargir et de s’enrichir et ainsi de rester le plus important mouvement graphique et artistique de ce début de 21ème siècle. En ça, je pense que mon travail avec le polystyrène va dans ce sens.


6- Tu as également un projet de livre, de quoi s’agit-il?
En effet, j’ai un projet de livre sur lequel je suis depuis maintenant un an (ça va jamais aussi vite que l’on veut). A la base je voulais faire un petit évènement pour mes dix ans de peinture dans les rues de Clermont depuis le chantier du tram, ce qui m’a fait connaitre.  Au gré de mes réflexions je me suis rendu compte que je voulais présenter des œuvres que personne ne pouvait voir puisqu’elles étaient réalisées dans des lieux abandonnés ou des friches industrielles. Ces œuvres, avec le recul, ont pour beaucoup servi comme base de recherche dans mon travail. De plus lors de mes escapades je me suis aussi beaucoup intéressé aux lieux où j’allais peindre et j’ai pris pas mal de photos. Je me suis mis à faire de l’urbex sans même savoir que cela existait puisque me but est de peindre. Par conséquent j’ai décidé de lier le côté recherche de mes peinture aux lieux dans lesquels elles étaient faites. C’est pourquoi le livre aura comme fil rouge et certainement comme titre: le laboratoire.
7- En quoi l’urbex te nourrit et t’inspire-t-il?
Le lieu où l’on peint crée une ambiance qui forcement a une incidence sur toi et ta création. De plus les murs ont beaucoup de vécu et de choses à dire de part leur texture et leur agencement  dans l’espace, et c’est très intéressant. Si l’on parle de la disciple de l’urbex pure, je dirais que c’est une façon pour moi de figer ou du moins de capter les derniers instant d’un monde qui est voué à disparaitre. Il y a aussi ce côté romantique des ruines qui me plait et que je tente de saisir avec l’appareil photo. La photo est une des première technique de création d’image que j’ai pratiqué et il me plait toujours d’en faire, je n’aime pas rester toujours dans une discipline artistique. L’artistique pour moi c’est la création et elle se fait par tous les moyens.
 

8- Tu me disais qu’il y avait de moins en moins de friches et donc que c’était un signe de la bonne santé économique des villes. Comment vois-tu le graffiti dans ce contexte de villes saines et agréables à vivre: est-ce que le graffiti à un impact positif sur les villes ou bien le contraire?
Effectivement, le fait qu’il y ait des investisseurs qui construisent c’est une bonne nouvelle d’un point de vu économique. Il est également vrai que toutes les villes sont maintenant nettoyées et bien propre. Ce qui peut quand même parfois être un bien; il faut dire que certaines rues étaient totalement saturées de tags, et cela en devenait fatiguant. Toutefois, le fait que la rue ne soit plus un lieu d’expression, même si celle-ci peut être agressive, n’est pas forcement un signe de bonne santé intellectuelle. La rue a toujours été un lieu d’expression et si le peuple ne s’exprime plus, c’est que quelque part il a perdu sa liberté; de plus, je ne pense pas que de s’exprimer sur internet et en particulier sur les réseaux sociaux ai autant d’impact que dans la rue.
Pour en revenir à la politique de la ville, je trouve que finalement ils on réussi à cadrer le graffiti en le supprimant quasi totalement des rues. je pense qu’ils pourraient le faire revenir de façon plus artistique dans les projets urbanistiques, cela se voit partout à travers le monde, mais cela dépend encore une fois de la volonté politique. En tous, cela contribuerait grandement au bien être, c’est certain.

9- Qu’espères-tu accomplir dans ta carrière artistique dans les prochaines années?
L’objectif des prochaines année serait de pouvoir présenter mon travail, participer à des projets artistiques à travers le monde et que je puisse voyager grâce à mon art et faire pas mal de rencontres. Bien entendu j’espère pouvoir développer toutes les idées qui me passent par la tête, mais c’est compliqué, je manque de temps!!

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